Colloques Paray: 7 ème colloque de Paray - Maîtriser ET servir la vie - Mgr Aupetit
Posté le 05 décembre 2008 à 21:26:31 Paris, Madrid par nicolas |
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Maîtrise ET service de la vie Mgr Aupetit
La vie et le vivantQuand
on observe le monde des vivants, on est surpris de voir que le moteur
premier est la vie. Dans les espèces les plus frustes comme dans celles
plus élaborées tout s’ordonne à la transmission de la vie. Dans les
plus profonds abîmes ou sur la surface de la terre les vivants prennent
des risques inouïs et sont prêts à se sacrifier pour la vie. L’individu
vivant s’oublie soi-même pour que vive la vie.
La vie se pose devant elle comme son propre but.
Elle est dans le monde LA VALEUR ABSOLUE.
On arrive à cette étrange constatation : les vivants sont au service de la vie.
MAIS :
L’homme
qui pense a conscience de soi : « Je pense donc je suis ». Donc, cette
connaissance de soi comme individu, comme sujet existant, nous incite
naturellement à croire que la vie est au service des vivants ou plus
précisément du vivant que je suis.
Nous constatons que la vie n’existe que dans les vivants.
Quand
nous cherchons des traces de vie passée sur des planètes éloignées,
nous cherchons des fossiles. Des vestiges de vivants. Mais il n’y a pas
de vestige de la vie. Puisque la vie ne s’exprime que dans les vivants,
s’il n’y a pas de vivants, on ne peut pas dire que la vie existe.
En revanche si je peux me considérer comme existant c’est bien parce que j’ai la vie en moi. Sans la vie « je » n’existe pas.
Le mystère de la vie
Ce
long préambule nous permet de saisir comment l’esprit humain a pensé la
vie depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Car le fait de dissocier la
vie et le vivant, ou plus exactement de les distinguer, a conduit à
leur donner une autonomie possible. C’est ce qu’on appelle le dualisme.
Le dualisme est la séparation de l’âme (ANIMA : ce qui anime,
c'est-à-dire le principe de vie) et du corps.
En philosophie :
Pour
Platon l’âme préexiste au corps. C’est le mythe de la chute des âmes
dans le corps. Le corps est méprisable en regard de ce qui est propre à
l’humanité : son âme ou la fine pointe de son esprit.
Descartes
et Locke en réduisant l’homme à la « res cogitans », c'est-à-dire à la
capacité de se penser soi-même, ont réintroduit ce dualisme entre l’âme
(réduite à l’esprit) et le corps qui fait aujourd’hui le lit de la
pensée anglo-saxonne jusqu’à Engelhardt qui dissocie la personne
humaine (digne de respect car consciente de soi) et l’être humain (dont
on peut disposer car n’étant pas marqué du sceau de l’humanité :
embryon, handicapé profond, comateux, alzheimer, etc…)
Pour
Aristote, le disciple de Platon, l’âme est le principe organisateur qui
ordonne la matière en un corps vivant possédant les structures, les
fonctions et les propriétés de la vie. Tout être vivant par définition
possède une âme, mais seule l’âme humaine est immatérielle dans son
essence car dotée d’intelligence et de volonté libre qui l’extrait de
la matière. De là il déduit l’immortalité de l’âme humaine.
Religion :
Dans
l’hindouisme (comme dans le bouddhisme) la vie se perpétue dans des
corps différents. La samsâra, ou la roue sans fin de l’existence,
conduit à des réincarnations successives.
Le christianisme
reprend d’Aristote la notion d’immortalité de l’âme, mais affirme, à
cause de la Résurrection du Christ que l’homme dans son intégralité,
c'est-à-dire corps et âme, est sauvé et ressuscitera.
Les sciences de la vie
Quand
on consulte un dictionnaire pour définir la vie, on se heurte à une
difficulté. La vie n’est pas définie en soi mais se rapporte à la
description des propriétés du vivant : la croissance, la reproduction,
la motilité, la nutrition, la respiration, la digestion. Et la
définition devient « la vie est le résultat du jeu des organes
concourant au développement et à la conservation du sujet ». Ce qui est
décrit c’est le fonctionnement du vivant et la biologie (science de la
vie) en réalité ne parle que de l’observation du sujet vivant. La vie
ne s’observe pas, elle s’éprouve. On comprend le pourquoi du matérialisme de la science qui réduit la vie à la fonctionnalité du vivant. Par
exemple, l’esprit humain est considéré par les cognitivistes comme
totalement superposable à la matière. C’est confondre la condition (un
cerveau en état de marche) et la pensée. L’instrument de musique est
nécessaire à la musique (condition), mais la musique ne se réduit pas à
l’instrument.
Conséquences : Aujourd’hui la science est tentée de réduire la vie au vivant. La valeur absolue n’est pas la vie, mais le vivant. Mais
le sujet vivant doit pouvoir exprimer tout son potentiel. L’instrument
doit être optimisé. Donc on introduit DES NORMES. La valeur ultime
c’est la biologie, la fonctionnalité. De là découle cette norme absolue : il faut qu’une vie vaille d’être vécue. Il y a des vies qui ne valent pas d’être vécues : marquée par la souffrance, le handicap. Les
normes se fondent non sur un principe d’humanité (une dignité
intrinsèque), mais sur la fonctionnalité du vivant, sur la perfection
de la biologie. La normalité c’est la capacité de déployer toutes
les facultés potentielles et donc elle conduit tout naturellement à
l’eugénisme (élimination des imparfaits). Il y a des normes à remplir pour accepter la vie. Il faut être jeune, mince et sexy ! On créé ainsi DES SEUILS D’HUMANITE. C’est de là que naissent les discriminations.
Un monde normé ou des lois humaines ?
Or,
ce qui fonde l’humanité de l’homme (le principe d’humanité), c’est
d’intégrer tous les hommes, d’abolir la discrimination, d’octroyer par
des droits reconnus de tous, une égale dignité à chacun indépendamment
de ses capacités. D’ailleurs les premières lois écrites étaient
clairement énoncées pour défendre les plus faibles (Hammourabi) et
sortir de la loi du plus fort ou loi de la jungle.
Réduire la
vie à la capacité et à la performance est une régression sociétale et
privilégie le vivant efficace au dépend de sa vie.
C’est ainsi
que commence l’UTILITARISME et celui-ci conduit inexorablement à la
suppression des inutiles. Toutes les normes tournent autour de
l’utilité, de l’efficacité. N’a droit de vivre que l’utile. Mais pour
quoi faire ? Exemple : « les sels minéraux servent à nourrir les
plantes qui servent à nourrir les animaux, qui servent à nourrir les
hommes, qui servent à quoi au juste ? ».
Or l’observation montre
que la vie, c’est la GRATUITE. La vie est reçue, elle est pure gratuité
et ce qui est gratuit doit être ACCUEILLI. Personne ne s’est donné à
soi-même sa propre vie. Comment habite-on sa vie ? C’est la question
centrale de l’existence humaine qui décide du prix que l’on donne à la
vie.
Qui élabore les normes ?
C’est
une question essentielle. Auparavant les lois s’édifiaient sur la
notion de bien ou de mal moral. Le moral (mores : mœurs) concerne
l’agir humain. Le bien est découvert par la raison humaine et pour cela
était nécessairement consensuel. La confrontation des civilisations
liée à la mondialisation conduit à se poser autrement la question du
bien et du mal (John Rawls). Le bien peut être différent suivant les
cultures, donc on ne se pose plus la question d’un bien à rechercher
par la raison mais d’un consensus à trouver. Cela s’appelle l’éthique
procédurale : c’est l’introduction de la démocratie en morale. C’est la
majorité qui détermine le bien en fonction de son histoire actuelle
quitte à ce que ce bien change si la majorité change. Voilà pourquoi le
bien d’un jour peut devenir le mal de demain. C’est cela qui se nomme
RELATIVISME. De là naissent les normes.
Ces normes qui
s’imposent à vous ont pour but de vous rendre heureux. Pour cela il
faut vérifier que le sujet a bien rempli les normes. Puisqu’il s’agit,
nous l’avons vu, d’une société de performance il faut établir un
contrôle. Ce développement des normes engendre ce que Michel Foucault
et Gilles Deleuze appellent « la société de contrôle ». A partir de là
va naître une nouvelle fonction : « l’expert ». Il est celui qui
connaît les normes et vérifie leur application : coach, diététicien,
esthéticien, conseiller bancaire, médecin, avocat, psychologue,
sexologue et même père spirituel. Il faut être « normé ».
Par rapport à l’émergence de la vie, il y a le projet parental :
L’enfant
est programmé, non seulement dans le temps, mais aussi dans l’histoire
de ses parents. S’il « tombe » à un moment inopportun, il doit être
éliminé. Il faut qu’il permette à sa maman de s’épanouir et à son père
de combler ses frustrations (c’est les fameuses paroles de Jacques Brel
; « il sera pharmacien parce que papa ne l’était pas »). Cela conduit
au mythe de l’enfant parfait et le refus absolu de l’anomalie.
L’avortement n’est pas seulement revendiqué comme un droit de la femme,
mais comme un droit de l’enfant à une vie heureuse. Il est cruel de
laisser naître un enfant dont on sait que la vie sera trop dure. C’est
un droit à vivre « sous condition ». L’enfant
n’est plus un don à accueillir mais un dû pour une société qui
construit la notion de bonheur, non sur l’amour, mais sur les
conditions fonctionnelles de ce bonheur.
Mais qui peut
évaluer la valeur d’une vie ? Qui pourra expliquer pourquoi un jeune,
issu d’une famille heureuse, aisée, doué d’intelligence et brillant et
de surcroît beau garçon ou belle fille peut se donner la mort ?
La réponse de la Bible
Dieu créé les êtres vivants mais pas la vie
Dans
la Genèse chapitre 1 (heptaméron) au 5è jour la Parole de Dieu fait
advenir les êtres vivants dans les eaux et dans les airs Au 6è jour, les êtres vivants sur la Terre. Puis le même jour l’homme, à son image.
Genèse 2 : C’est par l’haleine de vie de Dieu que l’homme devient un être vivant.
Il y a donc les vivants et la Vie. Les vivants sont ceux qui existent et la vie est un don de Dieu. La Vie c’est Dieu qui se donne
Dans
le paradis (gan Elohim) l’arbre de Vie est à la disposition de l’homme
: immortalité va avec proximité de Dieu. Car la Vie est éternelle en
Dieu.
L’arbre de la connaissance du bien et du mal : l’homme
prend la place de Dieu, se fait « comme Dieu ». Il veut mettre la main
sur sa vie plutôt que de la recevoir.
Un autre passage capital
est le Livre du Deutéronome (Dt 30 15-20) où Dieu propose à nouveau la
Vie à son peuple (et par lui à l’humanité entière) : « Vois, je te
propose aujourd’hui la vie et le bonheur, la mort et le malheur. (…)
Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant
le Seigneur ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui ; car là est
ta vie ». « Choisis » est en hébreu un impératif qui s’adresse à la
liberté de l’homme qui doit accueillir le don de Dieu. Choisir Dieu et
choisir la vie est synonyme. Car la Vie c’est Dieu. Lui seul se donne à lui-même sa vie. Il est (Michel Henry) la Vie Absolue. Or
la vie s’exprime. Nous l’avons vu, sur la terre elle se révèle dans un
vivant. S’il n’y a pas de vivant, on ne connaît pas la vie. Or Dieu
s’exprime dans son Logos (Pensée, Parole et Acte sont unifiés en Dieu).
Ce logos qui est l’expression de Dieu est aussi la Parole vivante, le
Vivant qui révèle la Vie de Dieu. Il est le premier Vivant
éternellement présent auprès du Père qui est la Vie, la vie absolue,
éternelle. Le Vivant engendré par la Vie c’est le Fils. Le Christ
est celui qui donne la vie, non seulemnt exprimée dans la biologie du
vivant mais en ce qu’elle est intrinsèquement : « Je suis venu pour
qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » (Jn 10, 10).
Mettre la main sur la vie est MORTIFERE. Avortement, PMA, eugénisme aboutissent in fine à une destruction de la vie humaine (embryons surnuméraires, handicapés). La vie est alors au service des vivants : épanouissement personnel, correction d’une frustration, autonomie).
« Si tu savais le don de Dieu »
La
Bible nous révèle ce que l’observation naturaliste avait permis de voir
: la vie est la valeur absolue, car la Vie c’est Dieu. Cette vie ne
s’exprime que dans l’Amour, puisqu’en Dieu la distinction des Personnes
divines dans la relation est uniquement définie par le don plénier
qu’est l’Amour : « pas de plus grand amour que de donner sa vie pour
ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). L’Amour est la seule réponse
véritablement humaine à l’épanouissement du sujet vivant et donc à son
bonheur. Une perfection instrumentale, pour utile qu’elle soit, ne
suffit pas et n’est pas nécessaire à l’advenue de la vie, car Dieu aime
les faibles et les petits. Le sujet (« je ») n’existe vraiment que
dans une relation (et une relation à l’image de Dieu). Cette relation
(amitié, amour, affection) n’est pas une maîtrise de l’autre mais un
accueil de l’autre. C’est l’attitude fondamentalement chrétienne. C’est
la source de la Vie.
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